Les Yoga Sutras de Patanjali : Clés pour une vie plus consciente

Les Yoga Sutras de Patanjali occupent une place centrale dans la philosophie du yoga. Ce texte ancien, à la fois concis et profond, aborde des thèmes universels tels que la nature de l’esprit, les fluctuations mentales (Chitta Vritti), et les chemins menant à la libération spirituelle. Bien qu’il ait été rédigé il y a plus de deux millénaires, son message reste d’une pertinence étonnante, s’appliquant tant sur le tapis qu’au quotidien.

Mais qu’est-ce qui rend ce texte si unique et intemporel ? En explorant les principes fondamentaux des Yoga Sutras, nous découvrirons comment ils peuvent transformer notre façon de percevoir nos pensées et nos interactions avec le monde, pour cultiver une vie plus équilibrée et consciente.

Qu’est-ce que les Yoga Sutras de Patanjali ?

Les Yoga Sutras de Patanjali est l’un des textes fondamentaux de la philosophie du yoga. Si vous envisagez une formation pour devenir professeur de yoga, il est presque certain que vous les étudierez. Pourquoi ce texte est-il si important ? Avant de répondre, faisons un détour par son contexte historique et sa structure.

Qu’est-ce qu’un sutra ?

Le mot sutra vient du sanskrit et signifie littéralement « fil ». Il évoque l’idée d’un fil conducteur qui relie des idées ou des enseignements entre eux. Dans le contexte des textes anciens, un sutra désigne une phrase brève, souvent formulée de manière poétique ou concise, destinée à être mémorisée et répétée facilement.

Ce mot apparaît également dans d’autres textes connus, comme le Kama Sutra (où le terme kama signifie « plaisir »). Cependant, contrairement à ce dernier, les Yoga Sutras n’explorent pas l’érotisme, mais plutôt les étapes menant à l’apaisement de l’esprit et à l’union entre le corps, l’âme et le divin.

À l’époque de leur création, les textes sacrés étaient transmis uniquement par voie orale, de maître à élève. Des phrases brèves et riches de sens facilitaient leur mémorisation. Les Yoga Sutras comptent 195 phrases ou versets. Cela peut sembler peu, mais chaque sutra est d’une grande densité, condensant des concepts complexes en quelques mots seulement. Leur compréhension demande souvent une étude approfondie, des commentaires d’experts et une pratique régulière.

On estime leur rédaction entre 200 et 500 av. J.-C., bien que, comme pour de nombreux textes anciens, ces dates fassent débat parmi les spécialistes.

La structure des Yoga Sutras

Les Yoga Sutras se divisent en quatre parties principales :

  1. Samādhi Pāda : la contemplation qui mène à la concentration.
  2. Sādhana Pāda : la pratique.
  3. Vibhūti Pāda : les pouvoirs ou accomplissements extraordinaires.
  4. Kaivalya Pāda : la libération.

Parmi ces sections, les deux premières sont les plus souvent citées, car elles s’appliquent directement à notre vie quotidienne. Les deux dernières, en revanche, s’adressent généralement aux ascètes engagés dans un cheminement spirituel avancé.

Focus sur le Samādhi Pāda

Le Samādhi Pāda explore les fondements du yoga et fournit des clés pour comprendre la physiologie et l’esprit, afin de mieux pratiquer. C’est sur cette section que nous nous concentrerons dans cet article.

Sādhana Pāda et les huit branches du yoga

La deuxième section, le Sādhana Pāda, est célèbre pour introduire le concept d’Ashtanga Yoga, ou yoga à huit branches (à ne pas confondre avec le style physique moderne du même nom). Ces huit étapes incluent :

  • Yama (les disciplines éthiques)
  • Niyama (les observances personnelles)
  • Asana (les postures)
  • Pranayama (le contrôle du souffle)
  • Pratyahara (le retrait des sens)
  • Dharana (la concentration)
  • Dhyana (la méditation)
  • Samadhi (l’état d’union ou de réalisation).

Cette approche holistique du yoga est fascinante et mérite un article à part entière, que nous aborderons prochainement.

paysage de nature

Chitta Vritti : les fluctuations du mental

Le Samadhi Pada, la première section des Yoga Sutras, introduit le concept de Chitta Vritti.

  • Chitta peut être traduit par « conscience individuelle » ou « psyché ».
  • Vritti se traduit par « fluctuations » ou « changements ».

Ainsi, Chitta Vritti désigne les fluctuations du mental, c’est-à-dire les différents mouvements et formes que prend notre esprit. Ce concept est central, car il nous aide à comprendre la nature de nos pensées et leur influence sur notre perception du monde.

Avec seulement cinq types de fluctuations, les Yoga Sutras nous offrent une manière de catégoriser et de comprendre toutes les formes de pensées qui traversent notre esprit.

Les 5 types de fluctuations

  1. La vérité (Pramana)
    La vérité correspond à un fait avéré, une observation directe ou une information fiable transmise par une autorité compétente.
    Exemple : Si je vois un arbre, je peux affirmer : « Ceci est un arbre. » C’est une vérité universellement reconnue.
  2. La perception (Viparyaya)
    La perception concerne le jugement ou l’interprétation que nous faisons d’un objet ou d’une situation. Elle est subjective et souvent influencée par notre vécu, nos émotions et nos croyances.
    Exemple : « Cet arbre est magnifique » ou, à l’inverse, « Cet arbre est disgracieux. »
  3. La verbalisation (Vikalpa)
    Ce type de fluctuation correspond aux histoires que nous construisons autour d’une perception. Ces narrations sont subjectives et influencées par nos expériences personnelles, familiales ou sociétales.
    Exemple : « J’aime cet arbre parce qu’il m’offre de l’ombre en été, et je trouve cela agréable de m’y asseoir quand il fait chaud. »
  4. La mémoire (Smriti)
    La mémoire est une forme de fluctuation façonnée par les impressions laissées par les trois premières catégories (vérité, perception, verbalisation) et altérée par le temps.
    Exemple : « Je me souviens de cet arbre qui se trouvait dans le jardin de mon enfance. »
  5. Le sommeil (Nidra)
    Même dans le sommeil, le mental fluctue. Cet état est marqué par des impressions mentales issues des autres fluctuations qui peuvent surgir sous forme de rêves ou de pensées latentes.

Pourquoi comprendre ces fluctuations est essentiel

En observant les trois premières fluctuations (vérité, perception, verbalisation), on réalise que seule la vérité est universellement vraie. Elle repose sur des faits objectifs sur lesquels tout le monde s’accorde.

Cependant, la majeure partie de nos pensées, décisions et interactions est influencée par la perception et la verbalisation, qui sont profondément subjectives. Ces éléments varient d’une personne à l’autre en fonction de leurs expériences passées, de leur éducation et de leur contexte culturel.

Le problème apparaît lorsque nous confondons nos perceptions ou nos jugements avec des vérités universelles. Cela peut créer des conflits, car ce que nous voyons comme « logique » ou « évident » ne l’est pas forcément pour autrui.

Une invitation à plus d’objectivité et de compassion

Les Chitta Vritti nous rappellent que chacun vit au centre de sa propre réalité, tout comme nous sommes au centre de la nôtre. Cette prise de conscience peut nous aider à mieux comprendre les autres et à diminuer les tensions dans nos relations.

Il ne s’agit pas de cesser de percevoir ou de verbaliser – ces mécanismes sont naturels et nécessaires – mais plutôt de les aborder avec un peu plus de recul. En cultivant l’objectivité et la compassion, nous pouvons élargir notre perspective, mieux communiquer, et trouver un équilibre plus harmonieux entre notre monde intérieur et le monde extérieur.

Personne en méditation

yogas chitta vritti nirodhaha - Le yoga est le retrait des manifestations du psychisme

Appliquer la philosophie du yoga hors du tapis

Dans le premier chapitre des Yoga Sutras, Patanjali déclare : Yogas chitta vritti nirodhah. Cela peut être traduit par : « Le yoga est le retrait des fluctuations du mental. »

Ici, le mot yoga désigne bien sûr la pratique physique que l’on effectue sur le tapis, mais aussi une manière d’être et de penser au quotidien. La véritable essence du yoga réside dans sa capacité à transformer notre façon d’interagir avec le monde, que ce soit sur ou hors du tapis.

C’est là que la philosophie du yoga prend tout son sens : lorsqu’elle nous aide à naviguer dans nos pensées et à aborder la vie avec plus de clarté et de sérénité.

Un exemple sur le tapis

Pendant une séance de yoga, il peut arriver que l’on se surprenne à émettre des jugements, que ce soit sur la pratique, sur le professeur ou sur soi-même.

Je me souviens, lorsque j’ai commencé à pratiquer, que je n’aimais pas du tout les postures nécessitant une forte sollicitation des bras. Je me sentais frustrée et je trouvais cela « injuste ». Je pouvais même me surprendre à penser que la professeure n’était pas consciente de la difficulté qu’elle imposait.

Avec le recul, je réalise que ces pensées étaient avant tout des jugements personnels. Personne ne me forçait à réaliser ces postures, et il s’agissait d’une perception subjective, probablement non partagée par le reste du groupe. Cet exemple illustre comment les Chitta Vritti (fluctuations du mental) peuvent surgir même sur le tapis, influençant notre expérience.

Un exemple hors du tapis

Hors du tapis, ces fluctuations se manifestent également dans nos jugements quotidiens.

Cela vous est-il déjà arrivé d’être absolument certain(e) d’une chose, pour ensuite découvrir qu’elle était fausse ? Ou d’avoir changé d’avis au fil du temps sur une opinion ou une croyance ? Ces situations illustrent à quel point nos vérités personnelles sont souvent fondées sur des éléments changeants.

Prenons un exemple concret : si je dis « Je suis nulle parce que j’ai fait une erreur au travail », que suis-je en train de faire ? Vous l’avez deviné : une verbalisation !

Cette pensée est un jugement subjectif qui ne correspond pas forcément à la réalité. En vérité, le seul fait objectif ici est que « j’ai fait une erreur ». Et encore, ce fait peut parfois être discutable. Ce type de verbalisation reflète des croyances que nous entretenons sur nous-mêmes ou sur les autres.

En psychologie, on appelle cela des croyances limitantes. Elles influencent nos comportements, nos relations, et notre manière d’aborder les défis. Le yoga, à travers la compréhension des Chitta Vritti, nous invite à prendre du recul sur ces pensées et à les accueillir avec plus de bienveillance et de clarté.

Une pratique qui dépasse le tapis

Le yoga ne se limite pas aux postures, aux respirations ou aux méditations. C’est une pratique qui nous accompagne dans chaque moment de la vie. En reconnaissant nos Chitta Vritti et en apprenant à ne pas nous y identifier, nous pouvons transformer notre façon d’aborder les défis, de nous relier aux autres, et surtout, de nous comprendre nous-mêmes.

Océane Moutot - Modifié le 10/01/2025

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